«A cause du mal que vous avez apporté avec vous – il montre les marques de variole sur son visage – et à cause des guerres que vous avez déclarées – il désigne les cicatrices sur sa poitrine – nous sommes maintenant peu nombreux. Le Peuple disparaîtra bientôt entièrement, comme les bisons de notre pays.» Little Wolf fait alors cette incroyable proposition: échanger 1 000 chevaux cheyennes contre 1 000 femmes blanches. «Ainsi, poursuit le chef indien, nos guerriers logeront leur graine dans le ventre des femmes blanches. Elle s’épanouira dans leurs entrailles et la prochaine génération de nos enfants viendra au jour dans votre tribu pour jouir de tous les privilèges qui y sont associés.»
L’extrait du discours que Little Wolf aurait prononcé devant le président Grant en septembre 1874 servira de point de départ à Jim Fergus, journaliste romancier et ce, même si aujourd’hui l’on ne sait toujours pas si cette proposition fut ou pas faite et fut ou pas acceptée.
Il choisira la voix d’une femme « May Dodd », plus facile de me mettre dans la peau d’un femme plutôt que dans celle d’un indien et ne m’en sentais pas le droit ». Cette jeune femme internée contre son gré pour avoir aimé et eu des enfants d’un homme en dessous de sa condition sociale et hors mariage, fera partie de ces 1000 femmes blanches issues des prisons ou des asiles, deviendra la squaw du grand guerrier Little Wolf. A travers ses carnets intimes, Jim Fergus nous offre une véritable incursion dans l’univers des tribus cheyennes, leur quotidien, leurs coutumes «….Seigneur Dieu, nous les avons vu aujourd’hui. Notre peuple adoptif. Une escouade est venue nous examiner comme on le ferait d’un lot de marchandise…..Je suis bien soulagé de noter qu’ils ne ressemblent en rien aux misérables épaves que nous avons aperçus près des forts. C’est au contraire une race d’hommes robustes et minces aux visages basanés, bruns comme des châtaignes, à l’ossature fine noué de muscle vigoureux. Ils paraissent dotés d’une agilité féline, avec une vraie noblesse d’attitude….» mais aussi montre toute la cruauté et le véritable génocide qu’a connu ce peuple ancestral.
Ce roman très dur a enthousiasmé Anne autant par l’écriture que par la force dégagée par ces femmes, ces paysages sauvages comme ces coutumes ancestrales et magiques.
La rencontre de Jim Fergus en octobre 2016 n’a fait qu’accroître l’intérêt pour son roman et le suivant qui vient de sortir « la vengeances des mères ». Jim fergus ne veut pas se faire le défenseur des indiens d’américains, il ne s’en sent pas la légitimité mais souhaite par ses romans faire connaître aux américains, relativement incultes sur l’histoire des Etats-Unis, cette part sombre et tachée du sang d’un peuple aujourd’hui quasi disparu.