« Sur le bateau nous ne pouvions imaginer qu’en voyant notre mari pour la première fois, nous n’aurions aucune idée de qui il était. Que ces hommes massés aux casquettes en tricot, aux manteaux noirs miteux, qui nous attendaient sur le quai, ne ressemblaient en rien aux beaux jeunes hommes en photographie »
Certaines n’avaient jamais vu la mer, nous narre l’arrivée massive de jeunes femmes japonaises au début du 20ème siècle sur la côte ouest américaine. Fuyant une réalité japonaise, entre geisha pour les plus jolies et bête de somme agricole et affamée pour les autres, pour la plupart issues des campagnes, ces jeunes femmes éblouies par des promesses d’un avenir meilleur auprès d’un beau et riche homme japonais en Amérique, embarquèrent leur plus beau kimono dans leur valise et traversèrent dans des conditions souvent épouvantables l’océan. Bien évidemment pour la majorité, la réalité fut tout autre, aussitôt mariées elles furent employées des champs ou de maisons de blancs exigeants.
Ce roman puise sa force principale dans son écriture particulière, aucune héroïne mais une incantation de toutes ces anonymes sur leur condition de vie dans leur quotidien avant leur grande déportation et internement dans les montagnes californiennes, organisés dès le lendemain de Pearl Harbour par le FBI dans l’indifférence générale.
Un roman fort qui soulève un pan méconnu de l’histoire contemporaine et qui donne envie d’aller plus loin.
Du même auteur, « Quand l’empereur était un dieu » sur l’internement massif des japonais sur le sol américain.