« Oui, il arrive parfois que des projets se réalisent, que des vocations s’accomplissent, que le futur honore ses rendez-vous. Un ami m’assure qu’une surprise m’attend dans le restaurant où il m’invite. J’y vais. La surprise est de taille. C’est Rémi, le maître-queux du lieu. Impressionnant du haut de son mètre quatre-vingts et sous blanche toque de chef! Je ne le reconnais pas d’abord, mais il me rafraîchit la mémoire en déposant sous mes yeux une copie rédigée par lui et corrigée par moi vingt-cinq ans plus tôt 13/20. Sujet: faites votre portrait à quarante ans. Or l’homme de quarante ans, qui se tient debout devant moi, souriant et vaguement intimidé par l’apparition de son vieux professeur, est très exactement celui que le jeune garçon décrivait dans sa copie: le chef d’u restaurant dont il comparait les cuisines à la salle des machines d’un paquebot de haute mer. Le correcteur avait apprécié, en rouge, et avait émis le souhait de s’asseoir un jour à la table de ce restaurant ».
Daniel Pennac nous offre dans ce roman une apologie des cancres et du corps enseignant qui use de stratagèmes et astuces pour repêcher ces malheureux si habituellement exclus. Ce roman superbe et touchant redonne espoir, à nous, parents désabusés par ces réformes plus ou moins conceptuelles de l’éducation nationale et remet l’humain comme les relations humaines au centre de tout.
Si Pennac ne fait pas l’unanimité avec sa série des Malaussène, bien que je recommande l’adaptation au théatre de Monsieur Malaussène vue et applaudie il y a quelques années au festival d’Avignon, je vous conseille également son dernier roman « journal d’un corps » qui décrit admirablement par le prisme du corps la vie d’un homme du bébé au vieillard.