Isaac Rosa

« One day there’ll be a place for us. A place called home » – PJ Harvey.
Face A.
Le ton est donné pour entrer dans cette fresque familiale perse sur quatre générations:Montazemolmolk ( l’arrière grand-père ), Nour ( la grand-mère ), Darius ( le père ) et Sarah ( la mère ) et la narratrice Kimiâ. Du Mazandaran ( province du nord de l’Iran entre mer Caspienne et la chaîne de montagnes Alborz ), à Téhéran jusqu’à l’exil à Paris.
Kimiâ, assise dans une salle d’attente du service de procréation de l’hôpital Cochin, laisse son esprit vagabonder, sa mémoire la submerger et un personnage en appelant un autre, remonte le temps et nous conte dans la grande tradition perse plus d’un siècle d’histoire de cet Iran méconnu.
Face B.
L’exil, après la révolution iranienne et la prise de pouvoir par Khomeini, Darius, menacé par le pouvoir en place, a fuit en France où sa famille le rejoint. Cette deuxième partie, plus « désorientale », narre l’exil, le déracinement, ce besoin de Kimiâ de se « desorientaliser » pour mieux se retrouver.

Premier roman de Negar Djavadi, Desorientale, dès les premières pages, nous surprend par une écriture alternant le récit version conte et le roman plus contemporain, une sorte de Virginie Despentes au pays des mille et une nuits. Desorientale est également un roman engagé, engagé pour l’Iran, pour nous raconter à nous, occidentaux, cette Perse si méconnue, pour nous rappeler les rôles troubles des américains et des français dans la prise de pouvoir de Khomeini. Enfin, Desorientale est tout autant un roman féministe qu’un roman sur l’identité, il nous interroge sur notre regard d’occidentaux, tout autant que sur l’identité qui dépasse les clivages occidentaux et orientaux.
Laissez-vous emporter, porter par cette formidable narratrice pleine d’humour, régalez-vous et nourrissez vous de la richesse de nos différences.