« Je te parle comme on écrit une lettre, ou peut-être est-ce l’inverse. Aura-t-elle l’épaisseur d’un cahier, j’en serais heureuse, cela signifiera peut-être que j’aurai réussi à tenir la conversation, à dire ce que j’ignore, là, maintenant du haut de cette page vierge. J’ai écarté mon clavier pour un crayon, et quand d’habitude je préfère les feuilles sans marges ni carreaux, hier leur blancheur m’a donné le sentiment que j’allais me noyer – j’ai acheté un cahier avec des lignes. Cette fois, je travaillerais dans la grande chambre ».
La grande villa, lieu de résidence à Marseille, où Laurence Vilaine est invitée à écrire, mais comment écrire un deuxième roman après le succès de « le silence ne sera qu’un souvenir »? Comment « faire littérature, compliqué avec des mots qui ne répondent pas quand on les appelle? » nous dit-elle lors du festival de littérature ATLANTIDE à Nantes en mars 2017. Alors, elle pose son ordinateur, et ressent le besoin charnel de faire avec ses mains, de creuser, de trouver les mots, de les poser sur un carnet et de prendre le temps du crayon. Enveloppée par la douceur apaisante de la grande villa, Laurence Vilaine s’adresse à lui, celui pour lequel elle a du partir précitamment et sans qui elle doit écrire aujourd’hui.

Alors chaque jour, Laurence Vilaine nage, nage en ligne, peine à trouver son souffle compte les lignes, note les pages de son cahier « compter à nouveau pour ce pas couler…/… mais les lignes malgré tout vacillent, et sans elles je perds l’équilibre », peu à peu la nage et l’écriture ne font plus qu’un, elle la voit au bout de sa ligne de nage la femme en rouge telle Rosa la rouge de Toulouse Lautrec, s’accrocher à cette image, à cette femme dont on ne fait que deviner le regard, s’attacher à cette femme déterminée.
Cet essai m’a fait pénétrer l’univers de l’écrivain, son intimité, sa souffrance où chaque mot semble être une lutte, interroge sur sa légitimité, sur le passé que chacun porte, le manque de confiance qui pourrait être de l’ordre de l’imposture mais également sur l’inspiration, sur le souffle de l’inspiration et ce qu’elle nous insuffle « quand l’écriture trouve la grande solitude pour y naître, on n’est plus seul ».
Cet essai m’a littéralement transportée à chaque page, j’ai vécu la grande villa, sa lumière, ses couleurs, les mots qui reviennent, qui répondent et qui écrivent autre chose.
Ce qui ne devait être qu’un cahier d’écriture, s’est transformé en un très bel essai, apaisant, chatoyant dont la lecture publique et musicale l’été prochain dans le cadre du voyage à Nantes ne pourra être qu’un enchantement.