Isaac Rosa

« Dans l’arène du palais de justice de Paris, Pauline Dubuisson a combattu toute seule, en éclaireuse, face à une génération entière, celle d’avant-guerre, face même à des centaines de vertu hypocrite ( de mes fesses ) et de domination masculine, face à une société qui ne voulait pas d’elle, qui ne voulait pas des filles comme elle – que le ciel l’en préserve. Elle n’était que çà, une fille, autant dire pour eux presque rien, mais elle les a regardés droit dans les yeux, les vieux maîtres, vaillamment, irrévérencieuse, elle n’a jamais baissé la tête, ne s’est jamais tordu les doigts en sanglotant de honte, comme doit le faire une femme, elle n’a pas poussé de cris hystériques ni jamais ne les a suppliés de lui pardonner, et cette résistance frontale, cette insolence les a rendus fous. De rage. Ils l’ont vaincue, évidemment, ils l’ont détruite. »

Oui, ils l’ont détruite, Pauline Dubuisson. Mais qui est-elle? Philippe Jaenada, enquête, fouille, se documente, commente, s’engage et nous fait vivre les années qui ont précédées la mort de son amant, Félix Bailly, le procès, la prison… Dans les années 50, tout était à charge contre elle, elle ne s’était pas comportée « comme il faut » et persistait, personne pour la défendre, la presse se déchaînait.

Philippe Jaenada va donc reprendre les faits, détecter les mensonges, les incohérences, mettre à nu les faiblesses de l’instruction comme de sa défense, découdre les nombreux articles de presse à charge, relater son enfance et ce père terrible que l’on pourrait qualifier aujourd’hui de manipulateur pervers, il nous offre au delà de Pauline, une véritable photographie de ces années 50, de son puritanisme, de sa rancoeur, de cette après-guerre moralisatrice et revancharde.
Un style à la fois journalistique, littéraire, emprunt d’ironie et de remarques souvent acerbes, Philippe Jaenada s’engage auprès de Pauline et fait le choix au fil des pages de la réhabiliter et lui offrir ce que tous lui ont alors refusé, la requalification de son acte en crime passionnel.
Récit engagé, féministe, passionnant de Pauline, cette jeune femme qui « a eu le malheur de ne pas naître à la bonne époque. »