Isaac Rosa

Si l’Art de voler raconte le père, c’est bien la mère, cette mère négligée voire trahie à son insu dans le 1er volume que Antonio Altarriba met à l’honneur. Le fruit d’un travail d’amour qui la réhabilite, qui donne une voix à toutes ces femmes, victimes de la violence rurale, réfugiées incomprises dans leur dévotion. Cette mère, née en 1918 qui réunit la condition de la femme en Espagne , héroïne de séries d’exploits quotidiens qu’elle réalise sans faire d’histoire mais en faisant l’histoire, habitée par le devoir quotidien de résoudre les problèmes de la famille. Construit également en 4 tomes comme le premier, 4 hommes qui ont tant compté dans la vie de sa mère.

Ce deuxième opus va plus loin dans l’histoire  espagnole et nous offre la vision de ces hommes et femmes qui ont combattu Franco  et ces dangeureux phalangistes de l’intérieur, ces militaires qui ont pris tous les risques et ces femmes qui par leur silence et discretion ont accompagné et soutenu ces héros anonymes.

Enfin, l’Aile brisée nous donne à voir une femme blessée, meurtrie mais empreinte d’amour et pas seulement envers Dieu comme le premier volume le montrait.

Antonio Altarriba rend un vibrant hommage à sa mère tout aussi touchant et magnigique que celui rendu à son père dans l’Art de voler.

 https://www.franceinter.fr/livre/l-aile-brisee-le-tout-sur-ma-mere-d-antonnio-altarriba

Kim:

Le choix demartinez-el-facha-esto-se-hunde-kim-2 Kim comme illustrateur s’imposa à Antonio Altarriba, ce « Gotlib » espagnol, auteur du personnage caricatural « Martinez el facha » . Il repéra le trait réaliste illustrant l’Espagne « prude et crue » de l’époque, derrière le talent de caricaturiste, qui renforce et complète la puissance narrative. Kim alors même que l’Art de voler n’avait pas encore d’éditeur, accepte le projet et pendant quatre ans commence alors un long voyage au coeur de l’intimité de l’auteur. « La main libre » du dessinateur dès le premier trait qui construit les personnages conforta le choix, tout le talent de Kim.

Force du dessin:

imagesLa force de cet art qu’est la BD, est qu’elle  permet au lecteur, d’une seule vignette de pénétrer l’intimité des personnages;   tout peut y être montré et compris. Nous voyageons dans le temps, découvrons les paysages et les atmosphères tout comme les caractères avoués ou pas des hommes et des femmes qui la composent.

Devoir de mémoire:

une-planche-en-espagnolwComme souvent quand un pays a vécu une guerre civile, ses dirigeants pensent que seuls le silence et l’oubli peuvent guérir les blessures, que l’oubli permet de ne pas reproduire; aussi n’existe-t-il que de rares écrits ou films espagnols sur ces années noires du franquisme. Les espagnols ont alors un rapport très compliqué avec leur histoire, mêmes les archives militaires ou de la guardia civile de l’époque sont encore classées « secret défense ». Antonio Altarriba, lui, veut raconter, raconter l’humiliation de ces républicains rentrés au pays qui durent cohabiter avec les symboles qu’ils avaient tant combattus dans l’Art de voler et  raconter ces femmes espagnoles oubliées, héroïques et silencieuses comme dans l’Aile brisée. Antonio Altarriba participera les 17 et 18 novembre 2016 à Angoulème au congrès « colloque international GUERRE CIVILE ESPAGNOLE ET BANDE DESSINÉE » http://gcebd.hypotheses.org/