« Je n’étais pas nostalgique de notre enfance: elle était pleine de violence. Il nous arrivait toutes sortes d’histoires, chez nous et à l’extérieur, jour après jour; mais je ne crois pas avoir jamais pensé que la vie qui nous était échue fût particulièrement mauvaise. C’était la vie, un point c’est tout: et nous grandissions avec l’obligation de la rendre difficile aux autres avant que les autres ne nous la rendent difficile. Bien sûr, j’aurais aimé avoir les manières courtoises que prêchaient la maîtresse et le curé, mais je sentais qu’elles n’étaient pas adaptées à notre quartier, même pour les filles. Les femmes se battaient entre elles encore plus que les hommes, elles s’agrippaient par les cheveux et se faisaient mal. Se faire mal, c’est une maladie. »
Lila mystérieuse, secrète, brillante, méchante et Elena, discrète, studieuse et mal dans son corps entretiennent depuis l’enfance une amitié forte, complexe, faite d’admiration, de complicité mais aussi de déséquilibre. L’une et l’autre, brillantes écolières choisiront, l’une portée par sa maîtresse et soutenue par son père l’école: le collège puis le lycée, l’autre l’école de la vie en restant à la cordonnerie familiale au côté de Nino, le frêre à la personnalité complexe.
Elena Ferrante, aussi mystérieuse que Lila nous offre un très beau roman sur la transformation des corps et des esprits de l’enfance à la puberté, une description colorée de Naples, un roman social sur les nombreuses inégalités sociales qui régnaient dans les années 50-60, sur les relations entre les hommes et les femmes et surtout sur l’amitié, forte, indicible entre ces deux jeunes filles qui ensemble devront surmonter les nombreuses embûches que le destin de leur condition sèmera tout au long de leurs vies.
Emouvant, envoûtant, une belle découverte. Lorsque l’on referme le tome 1, l’envie est forte de se précipiter sur le tome 2 « le nouveau nom » et sans aucun doute sur le tome 3 « Celle qui fuit, celle qui reste ».