Le goût du Bonheur » de Marie Laberge aux éditions Anne Carrière est un roman fleuve qui n’est pas sans nous rappeler « Louisiane » écrit par Maurice Denuzière. L’analogie ne s’arrête pas là, lorsque avec « Lousiane », nous pouvions suivre l’histoire de ces français d’Amérique installés dans le vieux sud à la tête de grandes exploitations agricoles, dans le goût du bonheur, nous découvrons ces français du Québec à travers les destins tragiques de la mère « Gabrielle », de la fille « Adélaïde » et du filleul « Florent ». La particularité est cependant que ce roman est écrit par une Québécoise au style affirmé et quelques expressions telles que « babouner », « lâcher la steam »ou « tourner les coins ronds » , nous laissent nous, français du vieux continent quelque peu pantois! Si l’on peut regretter une saveur quelque peu sucrée, voire sirupeuse, l’histoire méconnue de ces catholiques français m’a intriguée, ces années 30, celles des premières suffragettes, de la place de la femme au sein de la société en qualité d’épouse, de mère avec les premiers débats sur la contraception mais également en qualité de citoyenne. Le premier tome s’achève sur la déclaration de guerre du Canada à l’Allemagne et même de l’autre côté de l’atlantique, la crise, la montée du racisme et l’antisémitisme s’est faite cruellement sentir et n’est pas sans nous interroger sur l’éternel recommencement de l’histoire… Le deuxième tome, au ton inégal, va plus loin dans la lutte des femmes pour leur reconnaissance de par leur place pendant la guerre puis à la libération et ne cache rien des luttes intestines qu’elles se livrent. La guerre puis l’après guerre sont particulièrement bien décrites à travers les sentiments humains, les ravages des traumatismes et les premiers essais de psychanalyses plus ou moins réussis. Je fus la première étonnée de vouloir le lire d’une traite, de partager les sentiments de telle ou telle, l’épopée romanesque a encore un bel avenir et ce même avec les plus résistantes… Les premiers chapitres du troisième tome décrivent les différentes étapes du deuil avec un réalisme cru. Les profils psychologiques de chaque membre de cette grande famille sont de plus en plus précis et ce troisième tome semble avoir été écrit pour nous faire comprendre d’où nous venons et comment nous pouvons nous construire. Très sincèrement, j’ai démarré la lecture de cette trilogie avec difficulté, sans envie si ce n’est celle de comprendre pourquoi elle m’avait été recommandée et j’ai été littéralement happée, aussi merci Albert et oui Anne, je vous dédicace cette lecture.