« Tano insista, comme celui qui tient son adversaire à la pointe de l’épée, alors que ce dernier, tombé au sol, s’apprête à jeter le gant. « Je veux ce terrain ». J’hésitai encore un instant, rien qu’un instant, car ensuite, comme par une révélation, je m’entendis moi-même lui dire : « compte sur moi, ce terrain t’appartiendra bientôt. » Et ce n’était pas une phrase convenue, ni l’expression d’un désir ou de mes chances réelles d’y parvenir. Bien au contraire. C’était plutôt l’expression de l’intime conviction que cet homme campé devant moi et que je venais de connaître, Tano Scaglia, obtenait tout ce qu’il voulait de la vie. Et de la mort aussi. »
Dans cette résidence privée, à l’abri derrière de grands murs, les habitants obtiennent tout ce qu’ils veulent, l’argent ne peut-il pas tout acheter? Chaque jeudi, un groupe d’amis se retrouve entre hommes pour discuter, boire et se détendre, les femmes se surnomment alors les veuves du jeudi, funeste présage en ce jeudi noir de septembre 2001 …
Sous fonds de crise économique majeure qui toucha brutalement l’Argentine de 1998 à 2002, Claudia Pineiro nous dresse un tableau réaliste et sans concession de cette haute société argentine. Les femmes à l’abri des regards semblent vivre dans un monde parallèle, protégées, abêties et réduites à être belles et silencieuses alors que leurs maris doivent subvenir à tous leurs besoins croissants, jusqu’où iront-ils pour maintenir les apparences inhérentes à leur classe?
Superbe étude sociologique aussi bien écrite que juste dans sa description de la chute d’une classe sociale dans ces années noires argentines, c’est effrayant de vérité ajoute Brigitte C. qui nous a fait découvrir ce roman.