Isaac Rosa

Le festival de littérature espagnole 2016 de Nantes bat son plein à Nantes et accueille Isaac Rosa. Né en 1974, à Séville, il est aujourd’hui reconnu comme un des auteurs espagnols les plus talentueux de sa génération. Interviewé par la talentueuse Camille Thomine, journaliste au magazine littéraire, nous découvrons comment il aborde les grands thèmes de la littérature espagnole contemporaine à savoir le devoir de mémoire et la peur. Comme nombre de ses contemporains, il a été privé de mémoire, privé de 40 ans d’histoire espagnole pendant le règne de Franco. Ce manque a généré beaucoup de peur, la peur de l’oubli, la peur que l’histoire soit déformée et que le roman franquiste tombe dans le lieu commun. En parallèle, l’Espagne comme nombre de ces voisins a connu dans les années 2010 un crise économique majeure qui a, elle aussi générée la peur, une peur sociale. Ces réflexions alimentent et marquent l’écriture d’Isaac Rosa, pourquoi écrire? Avons-nous besoin de refuge ou de tranchée pour résister et surtout sortir de nos peurs? La littérature peut-elle jouer ce rôle?

La mémoire vaine, roman construit autour de la mémoire suite à la disparition de Julio Denis, professeur de littérature médiévale comme André Sànchez étudiant militant communiste sous le régime franquiste. Evoquer la mémoire, interroge bien évidemment sur la mémoire collective, qui l’écrit? qui en a la responsabilité? En effet, si tel écrivain ne l’écrit pas un autre le fera, aussi est-il intéressant pour un écrivain de réfléchir sur la littérature, sur le récit, le passé et le lien avec le présent.

Dans Encore un fichu livre sur la guerre espagnole, Isaac Rosa va encore plus loin. Il déconstruit par le biais d’un lecteur curieux et incisif son propre roman avec au coeur la mémoire individuelle face à la mémoire collective. Un écrivain a toujours une idéologie et raconte sa part de l’histoire, par ce roman, Isaac Rosa souhaite que le lecteur conserve son esprit critique, se questionne et ainsi l’auteur « perturbe la tranquille jouissance de la lecture ».

Après la mort de Franco, l’Espagne a connu une incroyable période « la transicion » d’espoir, de rêve, de liberté; puis ce pays a été rattrapé par les attentats, la crise économique et la peur est revenue. « Nous croyons avoir peur du terrorisme mais nous avons avant tout peur de perdre notre emploi, notre maison, nos droits sociaux. Nous sommes vulnérables car nous avons peur de l’échec » et c’est là que réside la peur de cette classe moyenne espagnole. Il commence alors l’écriture d’un roman sur cette crise qui touche les espagnols en général et sa famille comme lui-même en particulier. Mais face aux difficultés, il cesse d’écrire, son roman devenant trop amer et obscur.

Il reprend alors l’idée du refuge et s’en inspire pour écrire son dernier roman paru en 2016 La pièce obscure, il aborde dans un style cinématographique ce thème de la crise et de la peur de tout perdre. Le lecteur démarre sa lecture dans cette pièce et la terminera dans cette même pièce, le temps est court mais par des scénaris de mémoire, le temps, tel un projecteur vintage avance ou recule au fil des pages. Ce lieu choisi est comme une salle de cinéma plongée dans l’obscurité, on allume le projecteur de la mémoire et l’on assiste à la vie des personnages et à 20 ans d’histoire espagnole de l’après franquisme. Aujourd’hui, dans une société de l’hyper visibilité, il est particulièrement intéressant d’utiliser cette pièce sombre où les personnages peuvent s’adonner à toutes sortes d’expériences et ainsi sortir du monde.

Vous l’aurez compris, comme nombre d’intellectuels espagnols, Isaac Rosa a besoin de se tourner vers le passé, pour comprendre le présent et proposer ensuite une littérature d’anticipation. Les rencontres se sont achevées, à vous de les poursuivre par une lecture approfondie de ses romans.