Isaac Rosa

Victor del Arbol, invité du festival de littérature espagnole 2016 à Nantes est plus particulièrement connu pour l’écriture de polars, même si cette classification de genre le dérange. Avant d’être catalan et espagnol, il est écrivain, amoureux de Cervantès et sa magie de l’impossible. Comme ses compatriotes, il éprouve pleinement la tragédie de la vie mais souhaite vivre dans la résilience. Il ne sait pas si il écrit des polars ou des romans noirs, ce qui est certain, c’est qu’il écrit ce qu’il aime, qu’il cherche à écrire avec justesse, particulièrement quand l’Histoire rencontre l’intrigue.

Né à Barcelone le 6 novembre 1968, sa famille est originaire d’une des régions les plus pauvres d’Espagne l’Extrémadure. Son père marqué par les années de franquisme, républicain convaincu, analphabète, souhaitait avant tout que son fils fasse des études et ainsi puisse accéder à une profession stable, faire un beau mariage et devenir propriétaire aussi quand Victor del Arbol devint séminariste puis entra dans la police autonome de Barcelone, son père s’asphyxia!

Victor del Arbol est cependant, avant tout écrivain, un écrivain qui travaille la mémoire, la filiation et la noirceur « les morts haïssent avec plus d’intensité que les vivants » écrivait-il dans la tristesse du Samouraï édité chez Babel noir. Formidable thriller alliant l’histoire du franquisme et de l’après franquisme, filiation et noirceur.

C’est avec une nouvelle les pigeons de Paris qui nous a été lue sur la scène du grand T, que l’on comprend d’où vient cet auteur et surtout que ce passé qu’il veut réhabiliter, raconter, transcender, l’a construit et a sublimé son écriture. « Un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir », écrivait Aimé Cesaire et Victor del Arbol a cette phrase merveilleuse « Ne méprisez pas les nostalgies d’un vieil homme, ce sont les espérances les plus durables ».

Vous l’aurez compris, son oeuvre est empreinte de mémoire, de ces histoires qui font l’Histoire, un conseil: lisez-le!