Isaac Rosa

Vincent Borel est le nouvel invité de la librairie nantaise Coiffard en cet automne littéraire foisonnant. Après des études de lettres à Aix en Provence, il arrive à Paris où il rencontrera Jean-François Bizot deviendra journaliste en 1988 pour le magazine Actuel et le suivra ensuite chez Nova Mag. Passionné d’opéra et de musique classique, il animera une matinale sur France Musique avant de faire ses premiers pas dans l’audiovisuel en participant à l’écriture de l’application « 10 destins » . En parallèle de son activité de journaliste, il publie en 1995 son premier roman Un ruban noir.

Accompagné de son éditrice Sabine Wespieser, il vient présenter son 8ème roman, Fraternels devant un parterre de lecteurs avertis,  pour l’essentiel,  membres du club de lecture de la librairie .

Quand le 18 juin, le jeune François-Joseph de la Fistinière s’apprète à uriner sur la flamme du Mont Valérien sous la camera de son tout dernier Ifon 11, son oncle, outré, demande à son fils illégitime, pdg de la multinationale Opié ( constructeur d’Ifon et numéro un de l’énergie européenne), d’intervenir. Sur fonds d’apocalypse, Vincent Borel interroge sur notre monde connaissant de si grandes catastrophes écologiques, économiques et idéologiques et réfute le terme de roman d’anticipation lui préférant celui de fiction.

Vincent Borel nous livre alors la génèse de son roman. Pendant des mois, il a rassemblé  faits divers, brèves insolites, s’est nourri de l’actualité contemporaine et de ses acteurs qui on semé en lui de petites graines. Petit à petit, ces petites graines vont germer, nourries par son imaginaire, les personnages prennent forme jusqu’à prendre les commandes de l’écriture « c’est un moment génial, on vogue alors dans l’aventure de l’imagination ». De nombreuses anecdotes ont réellement existé comme celle du Mont Valérien ou de l’horloge inversée, et son écriture a également été inspirée par son expérience professionnelle passée? avec par exemple la description de l’immeuble d’Opié ressemblant à celui du siège du groupe Prisma après son déménagement à Gennevilliers où tout était fait comme dans de nombreuses grandes entreprises pour que  » les employés soient friendly mais au pied! »

La religion est très présente dans Fraternels, comme dans 1000 regrets ou Pyromanes, le personnage principal, largement inspiré, Yaqut, imam gay, séropositif et drogué,  prône un islam de l’amour s’inspirant du soufisme mais « l’éternel retour du pire » pousse Yaqut à partir et à se refugier dans la bibliothèque « la mémoire de l’humanité », retrouver et redistribuer ce qui a été détruit.

Vincent Borel s’est également beaucoup amusé en écrivant ce roman et souhaitait qu’il en soit de même pour le lecteur, de nombreux jeux de mots sur les noms de ses personnages, des lieux ou des entreprises jalonnent le roman « c’est amusant de mettre des masques, on se sent plus libre ». Il s’amuse de personnages emblématiques contemporains et y ajoute de la folie, c’est toute la force de la fiction qui offre toujours plus de liberté et permet un regard plus aigu. Et si ce roman traite de l’apocalypse, il souhaitait qu’elle soit joyeuse, écologique et libertaire.

Libertaire ou plutôt libertin, au sens éthymologique « qui a le caractère d’un affranchi », s’inspirant largement de la littérature des lumières du XVIIIème siècle, Vincent Borel souhaite rompre avec la pensée dominante, « ayant grandi dans la presse underground », il s’est intéressé à ces laboratoires illégaux qui ont forgé les mainstream de demain tels que le rap, la techno, internet. En qualité d’écrivain, « il est important de porter haut le flambeau et encore plus aujourd’hui où le mensonge a plus de valeur que le réel ».

J’ajouterai que exceptions faites de ses romans « musicaux » tels que Baptiste ou Richard W ou de ses romans plus personnels comme  Vie et mort d’un crabe, ou Antoine et Isabelle, Vincent Borel écrit des romans générationnels peut être un peu bobo, certainement instruits mais quelque peu élitistes.