« Quand les parents découvrirent le bébé, ils changèrent brutalement d’univers. On eût dit un nouveau-né vieillard: fripé de partout, les yeux à peine ouverts, la bouche rentrée – il était repoussant. »
« Sa tête était lisse et blanche comme une fleur de coton, aucune convulsion ne secouait ses traits de porcelaine. »

Déodat, fils d’Eunide et Honorat, dépourvu de beauté physique et non d’esprit et d’intelligence supérieure, celle du « sens de l’autre » et Trémière fille de Rose et de Lierre, à la beauté parfaite mais à l’esprit vu par les communs, en berne « la belle c’est moi, ce n’est pas tant qu’elle est sotte, c’est qu’elle n’a pas d’esprit », sont les deux personnages principaux du dernier roman d’Amélie Nothomb qui s’empare, une nouvelle fois après Barbe Bleue, de l’univers du conte.
L’auteur s’amuse avec ces deux personnages, l’un devient un ornithologue reconnu « il reçut sur la tête une fiente d’oiseau …/… Nous étions une centaine et c’est tombé sur moi. L’oiseau m’a choisi. » Quand à Rose, élevée auprès d’une grand-mère, Passerose la féérique, elle devient l’égérie d’un grand joallier « Les bijoux prenaient vie d’être portés par celle qui les méritait de toute éternité ».
Amélie Nothomb nous offre un véritable hymne à l’enfance, à l’esprit « dans la littérature facétieuse, donner de l’esprit signifiait s’initier à l’amour physique », à l’amour et d’une écriture fluide et légère invite à la réflexion « l’époque où nous vivons regorge de ces idiots intelligents » et à l’ornithologie avec une fresque historique, mythologique et religieuse sur la place des oiseaux dans les différentes civilisations même si l’on peut regretter l’emploi abusif de noms d’oiseaux rares qui alourdissent le roman.
Nous retrouvons cependant les clins d’oeil propres à Amélie Nothomb: les prénoms improbables, « le pneu » ( son intrusion n’est pas la plus astucieuse ) et le champagne Deutz, bref je ne peux que vous inviter à parcourir ce conte revisité sans oublier de le lire une seconde fois.
La relecture des romans d’Amélie Nothomb n’en déplaise à certains, nous révèle souvent des pépites et surtout montre l’étendue du talent de cet écrivain exceptionnel étouffée, parfois par son personnage public.